À qui appartient notre cœur ?

À première vue, les deux évangiles des 29e et 30e dimanches du Temps ordinaire semblent parler de sujets bien différents. D’un côté, une pièce de monnaie tendue à Jésus et cette réponse devenue célèbre : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » De l’autre, un scribe qui interroge Jésus sur le plus grand commandement, et cette réponse lumineuse : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur (…) et ton prochain comme toi-même. »

Pourtant, une même question traverse ces textes : à qui appartient notre vie ?

Les adversaires de Jésus pensent lui tendre un piège politique. Jésus déplace le débat. La monnaie porte l’image de César ? Qu’on la lui rende. Mais l’être humain, lui, porte l’image de Dieu. Voilà la vraie question. Nous passons beaucoup de temps à rendre à César : impôts, formulaires, mots de passe, démarches administratives et, parfois, quelques heures perdues à tenter de comprendre pourquoi une plateforme en ligne refuse obstinément notre identifiant pourtant correct… César est exigeant !

Mais Dieu ne réclame pas une taxe supplémentaire. Il demande notre cœur. Non pour nous priver de liberté, mais pour nous conduire à la vraie liberté.

C’est précisément ce que révèle l’évangile suivant. Aimer Dieu de tout son être et aimer son prochain ne sont pas deux obligations concurrentes. Ce sont les deux faces d’une même pièce, bien plus précieuse que celle montrée à Jésus. L’amour de Dieu n’est pas une affaire privée enfermée entre les murs d’une église. Il devient visible dans la patience, le pardon, l’attention aux plus fragiles, la justice et la fraternité.

Dans un monde souvent tenté par l’indifférence ou le repli, ces évangiles nous rappellent que le chrétien n’est ni un évadé du monde ni un simple gestionnaire du quotidien. Il est un témoin. Il vit les réalités de ce monde sans leur donner la première place. Son trésor est ailleurs.

Voilà aussi le sens de notre mission. Annoncer l’Évangile, ce n’est pas arracher les personnes au monde, mais leur faire découvrir qu’elles ont du prix aux yeux de Dieu. C’est rappeler à chacun qu’il n’est pas une donnée, un numéro de dossier ou un profil parmi d’autres. Il est un enfant aimé de Dieu.

Alors, rendons à César ce qui est à César. Mais n’oublions jamais de rendre à Dieu ce qui lui appartient déjà : notre confiance, notre amour et notre vie. C’est sans doute la meilleure manière d’aimer aussi notre prochain.

 P. Sébastien Catrou, curé

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