Héritiers ou serviteurs ?
L’image de la vigne traverse les lectures de ce dimanche comme une question adressée à chacun de nous. Dans le chant d’Isaïe, le propriétaire a tout fait pour sa vigne : il a préparé la terre, choisi les meilleurs plants, bâti une tour.
Pourtant, au temps de la récolte, elle donne des raisins sauvages. Dans l’Évangile, la vigne est de nouveau confiée à des vignerons qui oublient qu’ils n’en sont pas les propriétaires. Ils se comportent en maîtres là où ils ne sont que des serviteurs.
La vigne – image traditionnelle de l’Église – n’est pas d’abord une institution à administrer ni un patrimoine à conserver. Elle est l’œuvre de Dieu. Elle lui appartient. Notre responsabilité est d’y faire mûrir les fruits qu’il attend : non pas des résultats spectaculaires, mais une fécondité évangélique capable de manifester sa présence au cœur du monde.
Cette année, alors que nous célébrons les 800 ans de la naissance au ciel de saint François d’Assise, la parabole de l’Évangile prend un relief particulier. En effet, au début du XIIIème siècle, François découvre une Église fragilisée par ses contradictions. Devant le crucifix de Saint-Damien, il entend cet appel devenu célèbre : « Va, répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruine. » D’abord compris au sens matériel, cet ordre se révélera être une mission bien plus vaste : redonner à l’Église la fraîcheur de l’Évangile.
François n’a pas commencé par dénoncer. Il a commencé par se laisser convertir. C’est là sans doute sa plus grande leçon missionnaire : la vigne porte du fruit quand les ouvriers acceptent d’être eux-mêmes travaillés par le vigneron. Ainsi, le renouveau de l’Église naît moins de stratégies nouvelles que d’une disponibilité renouvelée à l’Évangile.
La récente visite du pape Léon XIV en France s’est inscrite dans cette même perspective d’espérance. Sa devise pour ce voyage, « Pour que le monde ait la vie », rappelait que la mission de l’Église n’est pas de se protéger elle-même, mais d’offrir la vie reçue du Christ à tous.
Aujourd’hui encore, la vigne du Seigneur attend des ouvriers. Non des propriétaires jaloux de leur parcelle, mais des hommes et des femmes assez libres pour laisser passer la sève de l’Évangile. À l’école de saint François, la mission commence peut-être par cette simple décision : considérer l’Église non comme notre œuvre, mais comme le champ de Dieu, où il continue, contre toute apparence, à préparer une récolte abondante.
P. Sébastien Catrou, curé
