Un « oui » qui met en marche
Alors que le pape Léon XIV parcourt ces jours-ci plusieurs lieux de notre pays pour redire aux plusieurs centaines de milliers de catholiques français – et au-delà – qui l’attendent que le Christ est venu « pour que le monde ait la vie », l’Évangile de ce dimanche nous ramène à une question simple : que faisons-nous réellement de la parole que nous avons entendue ?
Jésus raconte l’histoire de deux fils. Le premier refuse d’aller travailler à la vigne, puis change d’avis et s’y rend. Le second répond : « Oui, Seigneur », mais ne fait finalement rien. La conclusion paraît évidente : ce n’est pas la parole prononcée qui compte d’abord, mais le pas effectivement posé.
Cet Évangile a quelque chose de profondément libérant. Il nous rappelle que l’espérance chrétienne ne repose pas sur la perfection des disciples, mais sur leur capacité à se laisser déplacer. Le premier fils commence par dire non. Pourtant, il accepte de sortir de lui-même et de prendre le chemin de la vigne. Son refus initial n’a pas le dernier mot.
C’est peut-être là que se joue aujourd’hui le témoignage missionnaire de l’Église. Dans une société qui se méfie des discours et des postures convenues, l’Évangile nous invite à redécouvrir la force du retournement. Non pas donner l’image d’une communauté qui aurait réponse à tout, mais celle d’hommes et de femmes capables d’apprendre, de se convertir et de recommencer.
La mission chrétienne ne consiste pas d’abord à multiplier les prises de parole. Elle naît lorsque l’Évangile transforme concrètement nos choix, nos priorités et notre regard sur le monde. Les contemporains de Jésus étaient surpris de voir des publicains et des prostituées accueillir l’appel de Dieu avant ceux qui se croyaient déjà arrivés. Ils avaient compris que l’avenir restait ouvert et qu’aucune existence n’est définitivement enfermée dans ses échecs.
Cette bonne nouvelle demeure d’une grande actualité. Chaque homme, chaque femme, quelles que soient son histoire ou ses résistances, peut encore entendre l’appel du Seigneur et se mettre en route. La vigne de Dieu n’est jamais un cercle réservé à quelques initiés ; elle est ce vaste chantier où chacun est attendu.
À l’heure où le pape encourage les catholiques de France à être des témoins de la vie que donne le Christ, cet Évangile nous rappelle que le premier acte missionnaire est peut-être celui-ci : croire qu’il n’est jamais trop tard pour dire à Dieu, par toute notre existence, un « oui » qui se traduise en chemin.
P. Sébastien Catrou, curé
