« Vous êtes le sel de la terre, la lumière du monde »
Ces paroles de Jésus ne sont pas d’abord un objectif à atteindre, mais une identité reçue. Le sel sale, la lumière éclaire : c’est leur nature.
Pourtant, Jésus avertit : « Si le sel devient fade… » Comme si notre vie pouvait perdre sa saveur lorsque nous nous laissons absorber par l’indifférence ou la peur de déplaire. La saveur de l’Évangile se perd quand nous cessons d’en vivre ; elle renaît dès que nous retrouvons le geste simple, concret, qui dit quelque chose du Royaume, là où nous sommes, avec ceux qui nous sont donnés.
Isaïe le rappelle avec force : « Partage ton pain… ne te dérobe pas à ton semblable. » Le prophète ne demande pas l’héroïsme, mais la proximité. Il ne s’agit pas de changer le monde, mais de laisser Dieu changer notre manière d’être au monde. Alors, dit-il, « ta lumière jaillira comme l’aurore ». La lumière n’est pas un halo spirituel : elle est la clarté d’une vie donnée, d’un cœur ouvert, d’une justice vécue au quotidien, dans la maison, au travail, dans la cité.
Christian Bobin écrivait : « La lumière ne fait pas de bruit. Elle se contente d’ouvrir les yeux ». Cette phrase dit bien ce que Jésus attend de nous : non pas briller pour nous-mêmes, mais laisser transparaître Quelqu’un d’autre. Le bien accompli n’est pas un motif de mise en avant : il devient signe. Signe que Dieu agit encore. Signe que son Royaume s’approche. Signe que la saveur de l’Évangile n’est pas un parfum d’autrefois, mais une force pour aujourd’hui, capable de relever ce qui semblait usé ou sans goût.
Dans un monde saturé de discours, la saveur et la lumière passent par des actes : un accueil offert sans calcul, une écoute patiente, un pardon risqué. Autant de grains de sel qui relèvent la vie, autant de petites flammes qui éclairent plus loin qu’on ne l’imagine, parfois jusque dans des existences que nous ne rencontrerons jamais.
Que cette semaine nous trouve disponibles à cette mission simple et exigeante : garder la saveur reçue et laisser la lumière du Christ passer à travers nous, dans nos choix, nos paroles, nos engagements. Ainsi, sans bruit, d’autres pourront reconnaître la présence du Père, s’étonner de ce qu’Il fait naître au milieu de nous, et lui rendre gloire.
P. Sébastien Catrou, curé
