« Voici que je fais toutes choses nouvelles »
La fin du Carême approche, et avec elle, la lumière pascale commence déjà à poindre à l’horizon. Mais pour qui chemine sérieusement, les derniers jours du désert sont souvent les plus arides. Comme dans toute ascension, l’air se raréfie à mesure que l’on se rapproche du sommet, et c’est là que le cœur se révèle, dans la fatigue comme dans l’espérance.Depuis le mercredi des Cendres, nous avons été invités à la conversion, ce retournement intérieur par lequel nous nous laissons rejoindre par Dieu jusque dans nos blessures, nos résistances, nos incohérences. Il ne s’agit pas d’une performance morale, mais d’un travail de vérité, d’un consentement à être façonnés à nouveau par Celui qui fait toutes choses nouvelles.Mais à quoi bon persévérer, alors que nous avons peut-être été inconstants ? À quoi bon redoubler d’efforts, alors que nos résolutions initiales se sont diluées dans le quotidien ? Parce que Dieu ne cesse jamais de nous appeler. Et qu’au cœur même de notre faiblesse, il est capable d’opérer le plus grand des renversements : la grâce de la miséricorde, le miracle d’un cœur renouvelé.Ces derniers jours du carême sont le temps des ultimes combats, mais aussi des ultimes renaissances. Ils sont comme une veille : une attente active, tendue vers la lumière qui vient. La Passion du Christ que nous allons bientôt contempler n’est pas une fin mais un passage. Elle est l’écrin dans lequel Dieu dépose sa victoire sur la mort, son pardon sur nos fautes, sa vie sur nos cendres.Préparons-nous à vivre ces jours saints non comme un rite de plus, mais comme un seuil à franchir. En nous engageant, à nouveau ou pour la première fois, dans la prière fervente, le pardon donné et reçu, le service discret mais réel. Offrons à Dieu nos ultimes efforts, nos pauvretés mêmes, et laissons-le faire en nous son œuvre de résurrection.Alors, la joie pascale ne sera pas simplement célébrée. Elle jaillira du plus intime de notre être, comme une source dans un désert enfin fécondé.« Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,5) même à la onzième heure, même en cette fin de Carême. Saurons-nous nous laisser surprendre ?
P. Loïc Le Huen, curé +