Un peuple envoyé pour dire les merveilles de Dieu
« Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? » s’étonnent les foules le matin de la Pentecôte. Comment ces hommes simples, peu formés, parfois craintifs, peuvent-ils soudain rejoindre chacun dans sa propre langue ?
Le miracle n’est pas d’abord linguistique : il est missionnaire. « Nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. » L’Esprit Saint ne donne pas aux apôtres un discours parfait ; il donne une parole qui touche, qui rejoint, qui ouvre un chemin.
C’est là le cœur de la fête que nous célébrons. La Pentecôte n’est pas seulement l’anniversaire de l’Église : elle est la naissance d’une manière nouvelle d’habiter le monde. L’Esprit fait de croyants ordinaires des témoins capables de rejoindre les autres là où ils sont, avec leurs questions, leurs blessures, leurs espérances. Il ne nous demande pas d’être éloquents : il nous demande d’être disponibles.
Henri de Lubac nous rappelle avec force : « Là où manque l’Esprit, Dieu est loin. Là où est l’Esprit, Dieu est proche » (Paradoxes, 1959). Cette proximité de Dieu, offerte à chacun, devient mission pour tous. L’Esprit ne nous éloigne pas du monde : il nous y envoie. Il ouvre nos yeux pour discerner les soifs profondes, il ouvre nos lèvres pour dire une parole juste, il ouvre nos mains pour servir humblement. La mission commence ainsi : par un cœur rendu proche, parce que Dieu lui-même s’est fait proche.
Chaque baptisé reçoit cette mission. Nous ne sommes pas envoyés pour répéter des formules, mais pour laisser l’Esprit traduire en actes et en paroles ce que Dieu accomplit en nous. Dans nos familles, nos lieux de travail, nos engagements, nous pouvons devenir cette présence qui apaise, qui relève, qui écoute, qui ose dire une parole de foi quand l’occasion se présente. Le monde n’a pas besoin de spécialistes : il a besoin de témoins.
En cette Pentecôte, demandons la grâce d’un cœur brûlant et d’une parole simple. Que l’Esprit-Saint nous apprenne à parler la langue de ceux que nous rencontrons : la langue de la compassion, de la vérité, de la joie. Alors, à travers nous, d’autres pourront entendre, peut-être pour la première fois, les merveilles de Dieu.
P. Sébastien Catrou, curé
