« Qui est cet homme ? » (Mt 21,10)
Cette question traverse l’Évangile de ce dimanche. Elle court dans les rues de Jérusalem tandis que Jésus y entre, acclamé comme un roi inattendu, humble, désarmé, monté sur un petit âne. Elle n’est pas seulement celle de la foule d’alors : elle devient la nôtre au seuil de la Semaine Sainte.
Car cette semaine, tout nous est donné pour laisser résonner cette interrogation. Qui est cet homme qui, le Jeudi Saint, se met à genoux devant ses disciples pour leur laver les pieds ? Qui est cet homme qui, au cœur du repas, offre son corps et son sang comme une alliance nouvelle ? Qui est cet homme qui, le Vendredi, accepte d’être livré, jugé, bafoué, crucifié, sans jamais renoncer à aimer ? Qui est cet homme qui, dans le silence du Samedi Saint, descend jusqu’aux ténèbres de la mort pour y faire briller une lumière que rien ne pourra éteindre ?
La liturgie de ces jours saints n’est pas un simple souvenir. Elle nous place devant le Christ vivant, qui se révèle non par la force mais par le don, non par l’éclat mais par la fidélité, non par la domination mais par la tendresse. À mesure que nous avançons dans ces célébrations, la question de Jérusalem devient plus pressante : non seulement « Qui est-il ? » mais aussi « Qui est-il pour moi ? »
Entrer dans la Semaine Sainte, c’est accepter d’être déplacés. C’est laisser le Christ nous rejoindre là où nous sommes vulnérables, là où nous résistons encore à sa paix, là où nous avons besoin d’être relevés. C’est consentir à ce que son amour nous façonne de l’intérieur.
Et au terme de ce chemin, dans la lumière de Pâques, la question se transforme en réponse. Elle devient une profession de foi, simple et audacieuse : Oui, cet homme est vraiment le Fils de Dieu. Oui, il est Celui qui donne sens à nos vies. Oui, il est Celui qui ouvre un avenir.
Que cette semaine nous conduise, ensemble, à reconnaître en Jésus non seulement un homme, mais notre Seigneur et notre frère, Celui qui nous aime jusqu’au bout et nous entraîne dans sa vie nouvelle.
P. Sébastien Catrou, curé
