La vie en rose
Ce dimanche, l’Église se pare d’une couleur qui n’a plus de secret pour vous : le rose ! Ni consigne de vote, ni hommage à Édith Piaf, mais un clin d’œil liturgique discret, réservé à deux dimanches par an.
Une couleur qui n’est pas un abandon du violet du Carême, mais son éclaircie : la promesse que la lumière n’est jamais loin, même quand le chemin semble long.
Or la lumière est précisément au cœur de l’Évangile de l’aveugle-né que nous entendons en ce quatrième dimanche du Carême. Un homme, plongé depuis toujours dans la nuit, rencontre le Christ. Et soudain, tout s’ouvre : ses yeux, son histoire, sa place dans le monde.
Mais cette guérison, loin de susciter la joie, provoque débats, soupçons, crispations. Certains refusent de voir ce qui pourtant éclaire. D’autres s’enferment dans leurs certitudes. La lumière dérange autant qu’elle révèle.
Ce récit résonne avec une étonnante actualité. En ce 15 mars, jour d’élections municipales, notre pays vit lui aussi un moment où chacun cherche à discerner, à comprendre, à choisir.
L’Évangile ne nous donne aucune indication de vote – et l’Église ne s’y risque pas. Mais il nous rappelle que voir clair n’est jamais automatique. Cela demande d’accueillir la lumière, de laisser tomber quelques œillères, de consentir à être déplacés.
Le rose liturgique nous invite alors à un regard renouvelé. Non pas un optimisme naïf, mais une espérance lucide : celle qui naît quand on accepte que Dieu puisse encore illuminer ce qui semblait figé. Le Christ ne force personne ; il propose une lumière qui transforme sans violenter. À chacun de décider s’il veut s’y exposer.
En ce dimanche particulier, entre scrutin citoyen et marche vers Pâques, demandons la grâce d’un regard vrai. Un regard qui discerne sans juger, qui éclaire sans brûler, qui cherche la vérité sans peur. Bref, un regard capable de voir la vie… peut-être un peu plus en rose.
P. Sébastien Catrou, curé
