Et il fut transfiguré devant eux…
Sur la montagne, Pierre voudrait s’arrêter. Il voit Jésus transfiguré, il perçoit quelque chose de la gloire de Dieu, et tout en lui aspire à demeurer là, dans cette lumière qui apaise et qui rassure : « Il est bon que nous soyons ici ! ».
Qui ne comprendrait pas son désir ? Lorsque la grâce se fait sensible, lorsque la prière devient facile, lorsque la présence du Seigneur nous enveloppe comme un manteau de douceur, nous aimerions parfois, nous aussi, planter notre tente et ne plus redescendre.
Mais l’Évangile nous rappelle que cette lumière n’est pas donnée pour nous installer, mais pour nous mettre en route. Jésus ne reste pas sur la montagne : il descend vers Jérusalem, vers le don total de sa vie. La Transfiguration n’est pas un refuge, mais une promesse. Elle éclaire d’avance le chemin de la Passion. Elle dit que la croix n’aura pas le dernier mot, que l’amour ira jusqu’au bout, et que la vie jaillira de ce passage.
En ce deuxième dimanche de Carême, l’Église nous place devant cette scène pour nous apprendre quelque chose d’essentiel : Dieu nous donne parfois des moments de consolation, de paix, de ferveur, non pour que nous nous y enfermions, mais pour que nous trouvions la force de marcher derrière le Christ lorsque le chemin devient plus rude. Les « montagnes » de nos vies spirituelles ne sont pas des lieux de fuite ; elles sont des sources où l’on puise courage, lucidité et espérance.
Redescendre avec Jésus, c’est accepter que la foi ne se vive pas seulement dans l’éclat, mais aussi dans la fidélité quotidienne, dans les gestes simples de charité, dans les combats intérieurs, dans les responsabilités qui nous sont confiées. C’est croire que la lumière aperçue un instant continue de nous accompagner, même lorsque le paysage s’assombrit.
En poursuivant notre marche vers Pâques, nous sommes invités à accueillir cette dynamique : laisser le Seigneur nous transfigurer un peu, pour que notre regard change, pour que notre cœur s’ouvre, pour que notre vie s’oriente vers la joie promise. La voix du Père résonne encore : « Écoutez-le ! » Écouter Jésus, c’est le suivre là où il nous conduit, confiants que la clarté entrevue sur la montagne annonce déjà la Résurrection.
P. Sébastien Catrou, curé
