Envoyés par le Christ, portés par l’Esprit
Entre l’Ascension et la Pentecôte, la liturgie nous place au cœur de la vocation de l’Église : être envoyée.
Lorsque Jésus monte vers le Père, il n’abandonne pas les siens. Il inaugure une manière nouvelle d’être présent. En confiant à ses disciples l’annonce de l’Évangile « jusqu’aux extrémités de la terre », il révèle que chaque baptisé reçoit une part de cette mission. L’Ascension n’est pas un départ, c’est un passage de relais.
Pourtant, les apôtres ne se précipitent pas. Ils demeurent en prière, conscients que la mission dépasse leurs forces. C’est alors que la Pentecôte éclate comme une réponse de Dieu à leur attente. L’Esprit Saint ne vient pas seulement consoler : il transforme. Il fait de croyants ordinaires des témoins capables de parler au cœur de chacun. Il ouvre des chemins, crée de la communion, donne une audace que rien n’explique humainement.
Cette dynamique est au fondement de notre baptême. Être chrétien, ce n’est pas seulement recevoir une foi ; c’est recevoir une mission. Là où nous vivons, travaillons, servons, nous sommes placés comme des signes de la présence du Christ. La mission n’est pas d’abord une activité supplémentaire : c’est une manière d’habiter le monde en laissant l’Esprit nous conduire.
C’est ce que rappelait Madeleine Delbrêl, poète, assistante sociale et grande figure spirituelle du XXe siècle, qui a choisi de vivre l’Évangile au cœur d’une banlieue populaire. Elle écrivait : « Nous autres, gens des rues, nous croyons de toutes nos forces que cette rue, que ce monde où Dieu nous a mis, est pour nous le lieu de notre sainteté ». Cette conviction rejoint la Pentecôte : l’Esprit-Saint ne nous retire pas du monde, il nous y envoie. Il fait de nos lieux ordinaires le terrain même de la mission. La sainteté se joue là où nous marchons chaque jour.
À l’Ascension, le Christ nous dit : « Allez ». À la Pentecôte, l’Esprit nous donne de pouvoir y aller. Entre les deux, l’Église apprend à se tenir disponible, humble, priante. Que ces fêtes ravivent en nous la grâce de notre baptême et fassent de chacun un témoin joyeux du Christ vivant.
P. Sébastien Catrou, curé
