En chemin

Il y a quelque chose de profondément touchant dans cette succession de jours où l’Église nous invite à tourner notre regard, d’abord vers les saints, puis vers nos défunts. Comme si elle nous rappelait que nous faisons tous partie d’une même histoire, d’un même peuple en marche vers Dieu.

La Toussaint n’est pas la fête d’une élite spirituelle. C’est la fête de l’appel que Dieu adresse à chacun. Les saints que nous célébrons ne sont pas des êtres d’exception nés avec une auréole au-dessus de la tête. Ils ont connu les mêmes fatigues, les mêmes hésitations et parfois les mêmes contradictions que nous. Leur secret n’était pas une perfection sans faille. Ils ont simplement accepté, jour après jour, de laisser Dieu les conduire un peu plus loin.

Et nous voilà, nous aussi, sur cette route. Pas toujours d’un pas assuré. Il nous arrive de prendre des détours, de nous encombrer de bagages inutiles ou de perdre de vue la destination. Certaines journées ressemblent davantage à une randonnée sous la pluie qu’à une lumineuse montée vers les sommets. Le GPS intérieur semble parfois en panne et les reconstructions spirituelles prennent plus de temps que les travaux du Pont Anne-de-Bretagne ! Pourtant, le Seigneur continue de marcher avec nous.

Car le Royaume de Dieu n’est pas seulement une promesse pour demain. Il est déjà là, comme une semence discrète déposée au cœur du monde. Chaque geste qui relève, chaque parole qui apaise, chaque fidélité maintenue malgré la lassitude en révèle quelque chose. Souvent sans bruit. Presque à notre insu.

Le lendemain de la Toussaint, nous portons dans la prière ceux qui nous ont précédés. Leur absence demeure parfois douloureuse. Mais notre foi nous invite à regarder au-delà du manque. Elle nous rappelle que notre existence est un chemin dont la mort n’est pas l’impasse. Au terme de la route, il y a la rencontre avec Celui qui nous connaît depuis toujours et qui nous appelle à la vie.

Alors, en ces jours de novembre, ne nous contentons pas d’admirer les saints ni de nous souvenir avec émotion de nos défunts. Recevons à nouveau l’invitation qui nous est adressée. Le monde a besoin de témoins de l’espérance, de femmes et d’hommes qui croient que l’amour a le dernier mot. Prenons humblement notre part à cette œuvre. Car nous sommes en chemin et, dès aujourd’hui, nous pouvons rendre le Royaume un peu plus visible autour de nous.

 P. Sébastien Catrou, curé

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