De quoi avons-nous vraiment soif ?

Le troisième dimanche de Carême nous conduit au puits de Jacob, là où Jésus rencontre la Samaritaine. Et avec elle, c’est toute notre humanité qui se penche sur l’eau pour y lire sa propre soif. De quoi avons-nous vraiment soif ?

Nous multiplions les sources sans jamais étancher ce qui nous brûle : soif de reconnaissance dans un monde qui exige de nous d’être performants, soif de liens vrais au milieu de nos vies fragmentées, soif de sens dans un quotidien saturé, soif de paix intérieure quand tout nous tire vers l’extérieur. Ces soifs sont réelles, parfois douloureuses, mais elles ne disent pas tout : elles ne sont souvent que la surface d’un désir plus profond, plus essentiel.

La Samaritaine vient pour l’eau du jour, celle qui permet de tenir encore un peu. Jésus, lui, ouvre en elle un espace plus vaste : le désir d’être regardée sans jugement, d’être rejointe dans sa vérité, d’être relevée dans sa dignité. Il ne méprise pas sa soif première ; il la traverse pour révéler une soif plus fondamentale : celle de vivre en vérité devant Dieu et devant les autres. Et c’est là que jaillit l’eau vive.

Nos soifs contemporaines ne sont pas des impasses ; elles sont des portes. Elles disent que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes, que nous attendons encore quelque chose — ou plutôt Quelqu’un. Jésus ne promet pas de combler toutes nos envies, mais d’ouvrir en nous une source qui ne se tarit pas : la joie d’être aimés avant d’être utiles, la liberté d’être accueillis avant d’être parfaits, la paix de se savoir attendus.

Et peut-être que la mission commence précisément là : au bord de nos soifs. Non pas en proposant des réponses toutes faites, mais en osant rejoindre les hommes et les femmes de notre temps là où ils puisent, parfois seuls, parfois lassés, parfois sans plus croire qu’une autre eau existe. L’Église n’a pas d’autre trésor que cette source offerte : un Christ qui se laisse approcher, qui écoute avant de parler, qui révèle sans humilier, qui ouvre un avenir là où l’on ne voyait qu’un quotidien à recommencer. Annoncer l’Évangile aujourd’hui, c’est inviter chacun à reconnaître en lui cette soif plus grande que toutes les autres — et à découvrir qu’elle peut devenir un jaillissement.

  P. Sébastien Catrou, curé

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