« Dans la nuit, je me souviens de toi » (Psaume 62)

Cette parole du psalmiste nous rejoint avec une étonnante actualité. Car il existe des nuits qui ne figurent sur aucun calendrier : nuits de l’inquiétude devant l’avenir, de la solitude, du deuil ou de la maladie. Nuits aussi de notre vie sociale, quand les cris l’emportent sur l’écoute, quand les peurs se propagent plus vite que l’espérance et que les cœurs peinent à se rencontrer.

La Bible ne nie jamais l’obscurité. Elle connaît le poids des épreuves. Pourtant, au cœur même de la nuit, elle nous apprend une attitude simple et décisive : se souvenir. Non pas regarder en arrière avec nostalgie, mais reconnaître une présence qui ne nous abandonne pas. « Je me souviens de toi » : le Seigneur est là, fidèle, plus proche de nous que nos découragements.

L’évangile des vierges sages et des vierges insouciantes (Mt 25, 1-13) nous place dans cette veille. Toutes s’endorment, détail assez consolant pour ceux qui s’inquiètent de leurs faiblesses ! La différence n’est pas entre les parfaits et les autres. Elle réside dans cette réserve d’huile qui permet de garder une lumière lorsque la nuit se prolonge. La foi n’est pas une assurance contre les ténèbres ; elle est cette petite flamme qui continue de brûler au milieu d’elles.

Au cœur de la nuit retentit le cri : « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre ! » Il ne s’agit pas seulement d’attendre le Seigneur, mais d’aller vers lui. Or le Christ a pris la belle habitude de nous précéder dans la vie des autres. Sortir à sa rencontre, c’est souvent sortir de soi-même, de ses habitudes, parfois de ses certitudes. C’est porter un peu de lumière là où elle manque, sans attendre d’être soi-même un phare de deux mille watts !

Enfin, la veille chrétienne n’est pas une attente inquiète. Au milieu des obscurités de notre temps, elle nous apprend à discerner déjà les signes de la venue du Seigneur.

Et ces signes sont souvent plus proches que nous ne le pensons. La lumière de l’Évangile ne brille pas seulement dans les grands moments ; elle éclaire aussi les chemins ordinaires de nos familles et de notre paroisse.

Alors, même dans la nuit, souvenons-nous de Lui. La lampe à la main, prenons la route. L’Époux vient. Les autres l’attendent parfois sans le savoir. À nous de sortir à leur rencontre, guidés par la lumière de l’Évangile. Car celui dont nous nous souvenons dans la nuit est déjà là, au cœur de notre vie et au cœur du monde.

 P. Sébastien Catrou, curé

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