Convertir notre regard
Mercredi 18 février, en recevant les cendres, nous entrerons en Carême. Chaque année, ce geste nous rappelle que quelque chose doit mourir en nous pour que quelque chose de plus vivant puisse naître.
Et l’Évangile du dimanche 15 février (Mt 5, 17-37) nous montre précisément où commence cette transformation : dans notre manière de regarder.
Jésus ne se contente pas de dire : « Ne commets pas l’adultère ». Il va plus loin : « Tout homme qui regarde une femme avec convoitise… » Le Christ ne durcit pas la Loi : il en révèle la source. Le péché ne commence pas dans les gestes, mais dans le cœur. Et c’est là que Dieu veut nous rejoindre. La chasteté dont parle Jésus n’est pas une affaire réservée à quelques domaines de notre vie : elle est une manière d’aimer. Elle purifie le regard pour que l’autre cesse d’être un objet, un rival, une menace, ou même une indifférence. Elle nous apprend à voir un frère, une sœur, un visage confié à notre respect.
Nous savons bien que nos relations quotidiennes sont parfois traversées de jugements rapides, de comparaisons, de méfiances, de blessures anciennes. Le Carême vient comme une grâce pour défaire ces nœuds. Il nous invite à laisser Dieu éclairer ce qui, en nous, déforme le regard. Georges Bernanos écrivait : « On ne comprend rien à la grâce tant qu’on ne voit pas qu’elle est partout » (Journal d’un curé de campagne). Oui, partout : dans nos pauvretés, nos combats, nos maladresses, nos recommencements.
Le Carême n’est pas une performance morale. C’est un retour au réel. Un temps pour cesser de nous raconter des histoires et pour laisser Dieu nous dire la vérité. Un temps pour demander un cœur neuf, un regard pacifié, une parole qui ne blesse pas. Un temps pour apprendre à aimer comme Lui aime.
Que ces quarante jours soient pour chacun un passage. Un passage de la dureté à la douceur, de la suspicion à la confiance, de la convoitise à la fraternité. Alors la Loi s’accomplira en nous : non comme un poids, mais comme une joie qui libère.
P. Sébastien Catrou, curé
