Bien-êtrocratie

Nous subissons dans notre société une véritable injonction au bien-être, au bonheur. Une véritable bien-êtrocratie ! La tyrannie du bonheur. Le bonheur en question consistant à se réaliser soi-même. Chacun étant appelé à trouver sa recette, oubliant que le bonheur est un état fugitif et fragile. Pas d’inquiétudes, pour y parvenir les propositions ne manquent pas : des coachs, des livres de développement personnel, des applications sur smartphone, des massages ou des thérapies prétendent et parfois peuvent apporter la solution. Avec la réserve que cette quête perpétuelle du bonheur fera surtout le bonheur d’une industrie lucrative, d’une vision individualiste de notre monde… et de nous des pigeons. Peut-être même des pigeons malheureux !

Il y a donc de quoi se méfier de cette page de l’évangile de saint Matthieu lue le jour de la Toussaint : les Béatitudes : Heureux ! Heureux ! Heureux ! Heureux ! Neuf fois le Christ nous invite au bonheur. Mais attention, ne nous y trompons pas, ce n’est pas un discours lénifiant et mièvre, ce n’est pas non plus une injonction, c’est une annonce, voilà toute la différence. Quand Jésus annonce que le Royaume arrive avec lui, il décrit le bonheur de ceux et celles qui n’attendaient plus rien de la vie, et dont cet appel au bonheur va retourner la vie du bon côté. Ce texte (Matthieu 5, 1-12) est très humain, il parle des hommes et des femmes que Jésus aime. C’est cela l’extraordinaire nouveauté de l’Évangile, des Béatitudes, le bonheur est là où la société ne l’attend pas, dans le cœur de tous ceux qui sont saisis par l’amour, l’amour que leur porte Jésus, mais aussi l’amour que nous nous portons les uns les autres au quotidien. Un aperçu de la communion des saints que nous fêtons le 1er novembre.

Alors suffit-il d’aimer quelqu’un pour le rendre heureux ? Peut-être faut-il essayer. Et si nous nous détournions des porteurs de haine qui envahissent notre espace vital pour imposer leurs peurs et leurs menaces, leurs idées et leurs intérêts, leurs discriminations et leurs condamnations ? Et si nous nous détournions de leur hainocratie, de leur peurocratie ?

Loïc Le Huen, curé +

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