« Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement »

Cette parole bien connue de Jésus (Mt 10,8) n’est pas un simple conseil moral. Elle révèle le cœur même de Dieu, ce cœur qui se donne sans calcul, sans retour sur investissement, sans autre logique que celle de l’amour.

Et cet amour reçu fait de nous un peuple nouveau, façonné par la promesse ancienne : « Vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte » (Ex 19,6). Autrement dit, un peuple mis à part non pour se protéger, mais pour servir.

Être « royaume de prêtres » ce n’est pas s’élever au-dessus des autres, c’est se tenir au milieu d’eux, les mains ouvertes. Le prêtre — et tout baptisé l’est par grâce — est celui qui relie, qui porte, qui intercède, qui offre. Il n’est pas propriétaire des dons de Dieu : il en est le passeur. Dans un monde où tout s’achète, où tout se négocie, où l’on soupçonne toujours l’autre d’avoir un intérêt caché, la gratuité évangélique devient un signe de contradiction, un souffle d’air pur.

Cette gratuité n’est pas naïveté. Elle est puissance. Elle est mission. Elle ouvre des portes que les discours ne savent plus ouvrir. Elle désarme. Elle étonne. Elle rend crédible la Parole que nous annonçons. Georges Bernanos l’avait bien compris lorsqu’il écrivait : « La grâce est partout » (Journal d’un curé de campagne, 1936). Partout : dans les rencontres imprévues, dans les gestes simples, dans les pardons difficiles, dans les fidélités discrètes. Partout : pourvu que nous consentions à la recevoir… et à la laisser passer.

L’été qui s’ouvre peut devenir ce temps favorable où chacun retrouve le goût de cette mission humble et joyeuse. Là où nous serons — en vacances, au travail, en famille, dans nos quartiers — nous pouvons offrir un peu de cette lumière reçue. Une écoute vraie. Un service rendu sans attendre. Une prière partagée. Une invitation à découvrir le Christ. Rien de spectaculaire : seulement la force tranquille de l’Évangile vécu.

Nous avons tout reçu. Alors donnons. Gratuitement. Pour que, à travers nous, la grâce circule et que notre peuple devienne vraiment ce que Dieu rêve pour lui : un royaume de prêtres, une nation sainte, un signe de son amour offert à tous.

   P. Sébastien Catrou, curé

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