« Il est le pain de l’homme en route »

En quelques mots, l’hymne médiévale de la Fête-Dieu dit l’essentiel : l’Eucharistie n’est pas seulement un mystère à contempler, elle est une nourriture pour avancer.

Le Christ ne se donne pas pour que nous restions immobiles, mais pour que nous marchions. Il se fait pain pour que son Église devienne un peuple en mouvement.

Chaque dimanche, et jour après jour, lorsque nous nous approchons de la table eucharistique, nous recevons plus qu’un réconfort spirituel : nous recevons une mission. Le Corps livré nous façonne à son image ; le Sang versé nous ouvre à la compassion pour tous ceux qui, autour de nous, peinent, doutent ou cherchent un sens. La communion n’est jamais un point d’arrivée : elle est un départ.

Recevoir le Christ, c’est accueillir sa manière d’aimer, sa manière de regarder, sa manière de se donner. C’est laisser son amour élargir notre cœur, parfois étroit, souvent fatigué. L’Eucharistie n’est pas une récompense pour les parfaits : elle est la force donnée aux faibles pour aimer davantage. Elle est le pain de ceux qui veulent continuer la route, malgré leurs lenteurs, leurs blessures, leurs hésitations.

Si le Christ est le « pain de l’homme en route », alors la route nous attend. Elle passe par nos quartiers, nos rencontres ordinaires, nos engagements discrets. Elle passe par les visages de ceux qui cherchent une écoute, un signe de bonté, une parole qui relève. La mission n’est pas d’abord un programme : elle est la conséquence d’un cœur nourri par le Pain vivant.

La Fête du Saint-Sacrement nous rappelle que l’Église n’est jamais tant elle-même que lorsqu’elle sort, humble et joyeuse, portant en elle la lumière reçue. Nous ne portons pas nos propres forces : nous portons Celui qui se donne. Nous ne marchons pas seuls, mais avec le Pain vivant.

Que cette fête ravive en nous le désir d’être une communauté qui avance, qui relève, qui partage. Une communauté qui, nourrie du Christ, devient pour le monde un signe de sa présence. Une communauté qui ose croire que, tant que l’Eucharistie nous est donnée, la route reste ouverte.

   P. Sébastien Catrou, curé

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