Une humanité façonnée pour le Royaume

Les Béatitudes ne sont pas un idéal lointain ni un simple préambule poétique. Elles dessinent le portrait d’une humanité déjà travaillée par le Royaume des Cieux.

Un portrait déroutant, presque provocant pour la sagesse du monde. Les pauvres de cœur, les doux, les artisans de paix ne correspondent pas aux critères habituels de réussite. Ils ne s’imposent pas, ne brillent pas, ne dominent rien. Pourtant, ce sont eux que Jésus proclame heureux.

Ce renversement n’est pas un effet de style. Il révèle la manière dont Dieu regarde le monde et ce qu’il choisit de faire grandir. Saint Paul l’exprime avec une force saisissante : « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages » (1 Corinthiens 1,27).

N’y voyons pas un mépris qu’aurait Dieu pour l’intelligence humaine. Il déplace simplement nos certitudes pour ouvrir un espace où la grâce peut respirer. Il choisit ce qui semble fragile pour manifester sa force. Il choisit ce qui paraît insignifiant pour révéler sa sagesse.

Les Béatitudes ne sont pas davantage une morale de plus. Elles sont la forme même de la vie du Christ. Être pauvre de cœur, c’est consentir à recevoir. Être doux, c’est refuser la violence comme mode d’existence. Avoir faim de justice, c’est laisser brûler en soi le désir de Dieu. Être miséricordieux, c’est croire que l’autre vaut toujours plus que ses fautes. Être artisan de paix, c’est travailler à réconcilier ce que le monde oppose.

Ce portrait peut sembler exigeant, mais il n’est pas hors de portée. Il est la promesse que l’Esprit peut façonner en nous une humanité accordée au Royaume.

Dans un monde où la dureté s’impose et où la peur rétrécit les horizons, les Béatitudes demeurent un appel à respirer autrement, à laisser le Christ redessiner en nous un visage capable de refléter sa lumière.

Et si, cette semaine, nous laissions résonner en nous cette question simple : quel trait des Béatitudes le Seigneur veut-il faire grandir aujourd’hui dans mon cœur ?

  P. Sébastien Catrou, curé

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