Parlons d’art

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La chaire de l’église Sainte-Croix

 

 

Dans le quartier du Bouffay, la paroisse Sainte-Croix, fondée en 1138, est l’une des plus anciennes paroisses de Nantes. Son église a été reconstruite dans le style classique à la fin du XVIIème siècle puis modifiée au XIXème.

Sa nef, construite dans le style ogival flamboyant de 1669 à 1685, abrite sur sa droite un meuble précieux, classé monument historique en 1967 : une chaire toute en acajou massif. Les lignes sinueuses de sa cuve, la draperie et les glands qui ornent l’abat-voix, les ailerons qui se réunissent au-dessus pour porter la croix, ainsi que la rampe en fer forgé de l’escalier, tout indique une œuvre très soignée du temps de Louis XV, de l’époque où l’on forgeait les balcons des hôtels de l’île Feydeau.

Étymologiquement, la “chaire” vient du latin “cathédra”. Ce terme a donc la même racine que le mot “cathèdre”, siège depuis lequel l’évêque enseigne dans sa “cathédrale”.

La chaire en symbolise les fonctions d’autorité et d’enseignement. Elle est un point d’où l’on peut s’adresser à une assemblée nombreuse massée dans la nef.

Elle fut détournée de sa mission première de prédication évangélisatrice lors de la sombre période de la Terreur.

Prise par les révolutionnaires en 1793 et transformée en prison, l’église Sainte-Croix devint le siège des réunions de la société Vincent la Montagne. Cette dernière était destinée à soutenir et à propager l’idéal révolutionnaire jusqu’au niveau local, avec l’aval de l’évêque

constitutionnel de la Loire Inférieure, Julien Minée, élu en 1791 après la destitution de Monseigneur de La Laurencie (exilé en Angleterre, ce dernier reviendra à Nantes en 1814).

La chaire de Sainte Croix servit de tribune au commissaire du gouvernement, le tristement célèbre Jean-Baptiste Charrier, initiateur des massacres et des Noyades de Nantes en 1793 et 1794 où périr de nombreux prêtres. Très peu d’entre eux, en effet, avaient prêté serment à la constitution civile du clergé. Ils étaient en fuite, chassés de leur paroisse. On raconte que depuis la chaire, Charrier, emporté par la véhémence de ses propos, trancha net l’un des glands de l’abat-son avec son sabre lors du discours qu’il prononça le 16 novembre 1793.

Florence de Cordoue